Hommage à Jean-Marie Vauquier

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Jean-Marie nous a quittés.
Je vais tenter non pas de résumer une vie mais de saisir une personnalité.
Si l’on cherche une unité derrière la biographie, une constante sous l’anecdote, ce qui frappe, c’est sa fidélité et son dévouement.

Premier garçon d’une nombreuse fratrie, il avait deux ans quand éclata la seconde guerre mondiale. Une situation qui, peut-être, lui a inculqué le sens de la solidarité et l’a prédisposé au service de la communauté.
Lui qui parlait rarement de lui-même, racontait tout de même cet épisode : enfant, avec ses copains, il allait ramasser les pommes-de-terre laissées dans les champs après la récolte, au nez et à la barbe des soldats allemands. Il devait avoir sept ans, au plus. Cette expérience a dû être marquante, pour qu’il s’en soit souvenu et qu’il nous l’ait confiée.
Le sens de la communauté s’investit naturellement dans l’esprit de service. Après des débuts à La Poste, Jean-Marie devient instituteur. Il consacrera toute sa carrière à l’éducation, donc à préparer les enfants à la vie sociale et professionnelle.
Servir encore : il donnait régulièrement son sang, d’autant que ce sang présentait des propriétés immunologiques recherchées par l’Etablissement Français du Sang. On lui décerna une médaille. Jamais il ne l’eût réclamée : le devoir se suffit en lui-même. Lui adjoindre la béquille de la récompense, ce serait le rendre boiteux.
Autant pour répondre à l’appel que mû par l’aspiration au progrès social, le voilà conseiller municipal, facilement élu sur sa popularité. Pendant son mandat, il se dépensa au service de la communauté.
En tant que père, il était plus un homme d’attention et de questionnement que d’objection et de commandement. Sa stratégie, si je puis dire, était furtive : il posait une question, enregistrait les réponses, ne disait rien mais revenait, au moment opportun, avec la solution, discrètement mais concrètement.
Il a été un grand-père disponible et attentionné, toujours prompt à donner. Sur son lit d’hôpital encore, il se préoccupait des besoins financiers de ses petits-enfants et tâchait d’atténuer leur peine par son humour gentil.
Il s’est montré fidèle, bien sûr, envers son épouse, fidélité absolue de 53 années d’un mariage que les vicissitudes de la vie n’ont pas écorné.
Fidèle en amitié, d’une constance à toute épreuve, il était ce genre d’homme à entretenir ses relations d’enfance et à les mûrir en amitiés profondes.
Ceci m’évoque l’image du jardin.
Ceux qui le connaissent bien savent le temps et l’énergie qu’il consacrait à son jardin, comme s’il avait décidé de suivre le conseil de Voltaire. Sans doute puisait-il dans cette pratique, élevée au rang d’exercice spirituel, les ressources de sa sérénité : on sème, on entretient, on exerce une vigilance de tous les instants, mais on ne contraint pas. Dans cet art, on n’exhorte pas, on respecte et on accompagne.
Cet instituteur né, jardinier des esprits, aura beaucoup semé. Laissons prospérer les fruits de sa vigilance et les objets de son dévouement.
A cette fidélité, à ce dévouement, seule la mort pouvait mettre des bornes.
Le seul manquement que l’on pourra lui reprocher, c’est d’être parti trop tôt.
La maladie l’a finalement terrassé et nous nous interrogeons sur le sens de ces longues semaines de souffrance. Disons-nous que cette souffrance n’a pas été vaine puisqu’elle nous a donné l’occasion de témoigner à cet homme discret et pudique, selon les cas : le respect, la reconnaissance, l’amitié ou l’amour.
Ces témoignages ont été nombreux et, à son image, sincères et entiers. Dans cette période difficile, mes parents ont bénéficié d’une large et généreuse mobilisation. Au nom de ma famille et en mon nom, je vous en remercie du fond du cœur.

Nous garderons de Jean-Marie, sous ses facettes multiples – parent, ami, citoyen – l’image d’une personnalité dont l’unique et constant programme pourrait se résumer dans cette formule : fidélité et dévouement.
C’est ainsi que nous nous souviendrons de lui et que son exemple continuera de nous instruire… « Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change », selon le ver de Mallarmé dont je découvre seulement maintenant la profonde signification.

Jean-Marie nous a quittés.
La mort nous le dérobe et obscurcit sa présence, mais l’éternité nous le restitue dans son essence.

Dans cet hommage, j’ai essayé de dégager cette essence. J’ai bien conscience des faiblesses de cette tentative, à la fois réductrice et présomptueuse. J’ai voulu dire l’essentiel, c’est-à-dire l’essence de l’être, exprimer, comme si c’était possible, la formule de cette belle personnalité…
…telle que l’éternité maintenant la fixe.

Dominique Vauquier

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