SOA : fin… et suite

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Olivier RAFAL se fait l’écho d’un article annonçant la fin de SOA (voir son billet “Avis de décès de SOA“). Le titre de cet article d’Anne Thomas, du Burton Group, est plus alarmiste que son propos. Alors que ce titre est assez balancé, “SOA is dead; Long live services“, le public risque de n’en retenir que la première proposition, malgré le très bon résumé qu’en fait Olivier.

Voilà de quoi agiter le landernau, vendre du papier et occuper la toile !

On peut déjà constater que ces quelques lignes funestes suscitent l’intérêt. Plus encore que les articles écrits par des acteurs dont on comprend l’intérêt, ce sont les réactions instantanées et moutonnières qu’il nous faut prendre en compte. Les alarmes de ces oracles manchots qui n’ont jamais mis les pieds sur un projet seraient de peu d’importance si elles n’entraînaient des effets désastreux sur les pratiques.

La réaction mesurée d’Éric Boulay, représentant de l’Architecture Forum de l’Open Group en France, est de nature à nous rasséréner. Au même endroit, celle – plus virulente – de Pierre Bonnet, anticipe la tempête qui se prépare. Il va falloir se battre pour préserver les conquêtes de ces dernières années et éviter qu’elles soient englouties par la vague qui retombe. La communauté professionnelle va, bien vite, se mettre à brûler ce qu’elle a adoré un peu trop facilement.

Avant de donner la position de Praxeme sur SOA et la prétendue fin de SOA, je voudrais m’attarder à analyser ce phénomène lui-même.

Analyse du phénomène

L’alarme n’est pas fondée

Les gens sérieux ne prêteront pas plus d’attention à ces cris d’orfraies qu’ils n’en méritent et laisseront à leur néant ces oracles manchots qui n’ont jamais mis les pieds sur un projet.  Une partie des réactions actuelle va tout à fait dans ce sens, insistant sur les valeurs professionnelles et la nécessité de l’architecture, par delà les effets de mode. Les principes justes et les bonnes pratiques que nous avons thésaurisés et théorisés sous la bannière de SOA, nous les conserverons, quitte à les ranger sous une autre étiquette. Après tout, n’avions-nous pas rassemblé sous SOA les acquis des générations précédentes ? (voir le récapitulatif des filiations qui alimentent la méthodologie Praxeme)

Les méfaits entraînés par le phénomène

Nous avons vécu d’autres cycles de ce genre, qui font passer l’opinion de l’incrédulité à l’enthousiasme, puis à la lassitude et au dédain, et nous en vivrons d’autres. Si une chose change, ce n’est que le rythme de ces cycles, rythme qui semble s’accélérer. Ce ne serait qu’une comédie professionnelle si ce phénomène n’entraînait quelques dégâts. En effet, de nombreux décideurs ont l’intelligence de ce phénomène et de la superficialité des engouements dans notre communauté professionnelle. Ils en ont vu d’autres et ne s’en laissent pas conter. Aussi, quand une nouvelle vague approche – comme la vague SOA –, ils disent : « ce n’est qu’une vague » et, en conséquence, ils ne se mouillent pas ! Ils ne s’intéressent pas au contenu positif que le phénomène de communication pourrait, malgré tout, véhiculer. Ils perdent, ainsi, des occasions d’apporter de la valeur à l’entreprise.

Si on gratte un peu derrière les résultats des enquêtes sur l’intérêt des DSI pour SOA – résultats biaisés –, on détecte cette réaction en plusieurs endroits. Parce que des décideurs adoptent cette attitude de méfiance vis-à-vis d’une communication superficielle, des entreprises entières rejettent des disciplines nécessaires comme l’architecture logique, la modélisation, ou des concepts opératoires comme l’ACMS de Pierre Bonnet.

On peut comprendre ces réactions  de rejet, et les sirènes du jour qui jettent l’opprobre sur SOA vont les justifier plus encore. De ce phénomène réitéré de génération en génération, résultent une suspicion à l’égard de la corporation informatique et une perte de reconnaissance. Au deuxième degré, ces méfaits conduisent à sous-exploiter les possibilités technologiques ou à y recourir dans de mauvaises conditions.

Les causes du phénomène

Qui blâmer ? Certainement pas le journaliste, l’analyste, le vendeur de papier… qui gagne sa vie en entretenant ce phénomène. Sans doute le consultant qui bricole son discours avec les mots, sans respect pour les concepts. Bien plutôt ceux qui écoutent les sirènes et hurlent avec les loups : les suiveurs, les conformistes, cette population moutonnière qui envahit notre communauté professionnelle. Nous nous rendons coupables de ce péché, à chaque fois que nous prenons une décision sur la base de préjugés, en faisant l’économie d’une analyse rationnelle, par exemple : quand nous adoptons SOA sans avoir fait l’analyse de ses implications, et aussi quand nous rejetons SOA parce qu’un obscur plumitif en a décrété l’inanité.

J’arrêterai là l’analyse de ce phénomène de communication en laissant ouvertes quelques questions :

  • Quelles sont les causes profondes de ce phénomène ? Comment est-il possible ?
  • Pourquoi semble-t-il plus prégnant dans notre communauté professionnelle que dans d’autres ?

Ce sont là des questions pour les sociologues. Face à une telle pathologie, ils auront peut-être besoin du concours de leurs collègues psychologues.

Position de Praxeme sur SOA

D’aucuns se posent sans doute cette question : que reste-t-il de Praxeme si on abandonne SOA ? Nos réponses se développent sur trois axes :

  1. Tout d’abord, Praxeme est une méthodologie d’entreprise.
  2. Praxeme a toujours défini SOA comme un style d’architecture logique, c’est-à-dire une certaine façon de structurer les systèmes informatiques.
  3. Nous soutenons que ce qui a été rassemblé et exprimé sous l’appellation SOA reste et restera valable, quand bien même nous envisageons d’autres styles d’architecture.

Ce qui compte : embrasser du regard tous les aspects de l’entreprise
Nous avons beaucoup communiqué sur les apports de Praxeme à SOA. C’était le thème de la Journée exceptionnelle de 2007. À l’époque, je contredisais ceux de mes compagnons de route qui affirmaient que nous terminerions notre carrière sous cette bannière. Nous y voilà : la bannière commence à se déchirer. J’objectais aussi que cet axe de communication opportuniste donnait une image réductrice de notre méthodologie. On me répondait : il faut chevaucher la vague. Nous l’avons fait et je ne le regrette pas. Nous avons corrigé l’image en choisissant de communiquer sur l’architecture d’entreprise (Journée exceptionnelle 2008, intitulée « Extreme Architecture ! ») et maintenant sur les référentiels et l’approche par les données (2009).

Rappelons que, de notre point de vue, on ne peut réussir une SOA, c’est-à-dire une refonte du système, qu’à partir d’une représentation rigoureuse des aspects « amont ». Cette représentation ne doit pas seulement s’exprimer en termes de processus “métier” ; elle doit absolument isoler les connaissances fondamentales du métier. C’est ce regard élargi qu’apporte la méthodologie d’entreprise.

Les styles d’architecture logique
Nous devons travailler la notion de style l’architecture logique. Sous l’impulsion de Fabien VILLARD, nous avons commencé à théoriser sur l’EDA (Event Driven Architecture). Ce que nous observons depuis quelque temps, dans les architectures proposées, c’est un mélange d’appel de services et d’émission d’événements. Qu’obtient-on en mélangeant deux styles ? Un style baroque ! La caractéristique du baroque est que l’on accumule tout ce que l’on peut, sans beaucoup de rigueur. On peut aimer. En tout cas, cela complique toujours les choses. Si le concepteur a, à sa disposition, deux moyens pour traiter un problème donné, il devra, à chaque fois que le problème se présente, décider de l’option à prendre. Si plusieurs concepteurs interviennent, les risques d’hétérogénéité augmentent. Pour éviter cet écueil, la méthode doit être très claire.

Aujourd’hui, le style SOA bénéficie d’une analyse poussée et s’appuie sur des technologies maîtrisées. La méthode permet de le maîtriser. Avant de le remplacer par autre chose, il faudra mener ce travail. Y sommes-nous préparés ?

Les principes éternels et SOA
SOA n’est pas seulement un sujet de conférence, lancé par les cabinets d’analyse et relayé par la presse et les consultants. SOA résume un ensemble de pratiques et de principes, dont certains remontent au début du génie logiciel. Le propre de notre corporation, obnubilée qu’elle est par la nouveauté, est de ne pas se souvenir des méthodes antérieures, à moins qu’elles ne se rhabillent sous des atours nouveaux. C’est exactement ce qui s’est passé avec SOA. Sans rien nier de son apport original, l’approche SOA fonctionne parce qu’elle réactualise des principes essentiels, comme separation of concerns, la réduction du couplage, l’encapsulation, le contrat, la délégation… Certains de ces principes nous viennent de l’approche orientée objet, que l’on a prématurément enterrée avant même que la logique objet soit vraiment comprise. D’autres sont plus anciens et remontent à la conception structurée (des noms comme Edward Yourdon ou James Martin sont-ils encore connus ?). Nous ne pouvons, en aucun cas, renoncer à ce patrimoine. Ce serait ajouter à la crise économique, un désastre culturel !
Se concentrer sur ces principes aide à asseoir l’expertise et à légitimer le métier d’architecte logique.

Pour voir des résultats concrets, un DSI fier de son chantier et des utilisateurs heureux, il n’y à qu’à consulter les communications d’un Jean-Michel DETAVERNIER ou visiter la SMABTP qui a réussi la refonte de son système d’information.

SOA en temps de crise
Vous l’aurez compris, dans la communauté Praxeme, S-IT-A et autres, nous ne sommes pas prêts à laisser enterrer vivant SOA ! Pour autant, Anne Thomas soulève des difficultés bien réelles.
En quoi les difficultés économiques impactent les pratiques d’architecture et de développement informatiques ? Devons-nous maintenant consulter les cours de la bourse pour savoir comment travailler aujourd’hui ?
Anne Thomas n’a pas tort. De nombreux décideurs prétexteront de la conjoncture pour tordre le coup à des initiatives qui les dépassent. C’est en cela seulement que nous pouvons craindre un impact. À rebours de cette attitude timorée et défaitiste, je préfère les patrons qui voient, dans la crise, une opportunité et une exigence pour faire mieux. Henri de Castries, PDG d’AXA Group, en offre un bon exemple, qui conclut son interview au Figaro par : « C’est par gros temps qu’on creuse vraiment l’écart. » (voir Le Figaro.fr, « La crise est l’occasion de corriger et de reconstruire »).
Après tout, le défaitisme n’a jamais aider à emporter la victoire.

Anne Thomas, d’ailleurs, exprime une position qui n’est pas différente de la nôtre et il n’y a rien à retrancher à ses conclusions. Par exemple, citons : « Although the word “SOA” is dead, the requirement for service-oriented architecture is stronger than ever. » Nous aurions pu nous épargner ce cri d’alarme, dans un temps qui en a plus que son comptant. Mais restons concentrés sur l’essentiel : la nécessité de repenser radicalement nos systèmes d’information.
Je ne vous ferai pas l’injure d’un slogan racoleur comme « SOA est mort. Vive Praxeme ! » mais je conclurai en distinguant :

  • le phénomène de communication, superficiel, éphémère et finalement vain ;
  • le vrai métier, qui a besoin de la longue durée pour se constituer.

Si nous devons, un jour, abandonner l’étiquette SOA au jeu de la communication, qu’importe ! pourvu que les bons principes et les savoirs survivent. Restons sereins ! C’est la première condition pour que nous donnions une image de professionnalisme à la société que nous servons.


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