Je réponds, ci-dessous, à quelques questions qui nous ont été adressées suite à la parution de l’ouvrage “Sustainable IT Architecture”.
a) Pourriez vous nous donner votre perspective sur l’etat d’avancement de Praxeme (lien avec Togaf, Traduction, Adoption, support éditeurs/outils…)
L’initiative pour une méthode publique se fonde sur les guides méthodologiques publiés sur le site www.praxeme.org. Ce socle est solide et s’appuie lui-même sur un méta-modèle qui clarifie les notions. Il nous reste à :
1. compléter cette base théorique en formalisant ce que nous nommons le cadrage (scoping) ;
2. élaborer le détail de la méthode (modes opératoires) à destination des opérationnels.
Le “cadrage” – que nous présentons maintenant comme l’aspect “politique” – se définit comme l’ensemble coordonné des expressions qui circulent dans l’entreprise sans pouvoir faire l’objet d’une formalisation complète. Il s’agit d’abord des objectifs (stratégie, vision, opérations) mais aussi des valeurs et, bien sûr, des vocabulaires et exigences, tout ce qui va être ensuite repris et tracé à travers les modèles jusqu’au déploiement.
Au sein du Praxeme Institute, c’est le Collège des médiateurs qui prend en charge cet aspect. Il s’intéresse également à la “maîtrise d’ouvrage”. Ce travail est important pour corriger l’image de Praxeme réduite à une méthode pour la conception des systèmes d’information. Notre ambition est bel et bien d’élaborer une méthodologie d’entreprise qui réponde au besoin essentiel des entreprises aujourd’hui : articuler les expertises. A cette fin, il nous faut un cadre complet, qui couvre tous les aspects du “Système Entreprise”, à commencer par la perception qu’en ont ses dirigeants.
L’élaboration des méthodes et procédés se fait au fil des opportunités, dans les sociétés contributrices. Par exemple, des travaux se poursuivent sur la modélisation sémantique, la modélisation des données et la conception des services. AXA Group démarre, ce mois-ci, une initiative sur ces sujets, ce qui permettra de reprendre différents documents et de les publier (par exemple, la dérivation du modèle sémantique en modèle logique des données).
En ce qui concerne TOGAF, l’articulation est claire et a été plusieurs fois exposée (cf. SLB-23, support d’une conférence pour l’association des DSI de Singapour, accueillie par Sun Microsystems). Il nous faudrait maintenant, au-delà des contacts personnels, établir la connexion officielle avec l’Open Group.
La traduction se poursuit sur une base de bénévolat, notamment en collaboration avec l’INSA de Rouen. Nous allons lui dédier un budget, en vue surtout d’accélérer l’évolution du site.
L’adoption progresse de façon évidente mais aussi de façon souterraine :
- adoption visible : le succès de la formation condensée “Praxeme en deux jours” en témoigne (certaines sociétés ou organisations ont envoyé plusieurs personnes en vue de préparer des projets) ; autre indice, Praxeme est introduit dans la formation des architectes du groupe AXA (cible : quelque 200 architectes répartis dans la cinquantaine de compagnies que compte le groupe) ;
- moins visible : les idées de Praxeme sont reprises dans d’autres travaux ou des formations publiques, sans que l’origine en soit toujours mentionnée – au mépris de la protection creative commons ; des cabinets de conseil répondent à des appels d’offres avec Praxeme, sans que leur engagement dans l’initiative ait jamais été formalisé.
Enfin, en ce qui concerne le support des éditeurs et vendeurs, outre les soutiens fidèles comme Softeam, Orchestra Networks, Ilog, Prima Solutions, Sun Microsystems… on peut noter la récente création d’une librairie Praxeme dans l’outil d’architecture Abacus.
b) Même question sur ACMS. Comment l’idée est elle perçue dans les départements informatiques? Quelles sont les difficultés rencontrées? Quels sont les problèmes qui sont de bons candidats pour introduire les concepts d’ACMS?
Une question pour Pierre Bonnet, notre vibrionnant chargé de la communication et spécialiste incontesté du MDM.
Personnellement, je pense que l’ACMS est une puissante idée – pas seulement marketing – et que nous devrions travailler sur sa base théorique. Celle-ci pourrait avoir des conséquences sur les méthodes. Par exemple, on ne peut pas modéliser de la même façon, sachant que nous avons la possibilité recourir à ces dispositifs d’agilité.
Praxeme contient une “théorie de la convergence” (pour la fédération des entreprises) où l’ACMS intervient.
c) Quelle est votre perspective sur l’évolution des concepts informatiques tels que SOA? ainsi que de l’évolution de l’industrie elle-même (consolidation autour d’Oracle, IBM, Microsoft)
Je me contrefiche des mouvements du marché et des manipulations capitalistiques. Ce n’est pas là que se joue la grandeur de notre métier. Au contraire, c’est contre ces empires et contre leur influence patente dans le processus de décision des entreprises que nous devons penser et imaginer les systèmes futurs. La mainmise d’une poignée d’acteurs surpuissants sur les moyens de communication dans notre corporation entraîne de graves distorsions dans notre manière même d’envisager les systèmes.
Pour SOA, je pense qu’il n’y a plus de débat : ce style d’architecture apporte de la valeur, quand il est correctement appliqué ; Praxeme fournit la méthode rigoureuse pour en tirer parti ; la seule question, maintenant, est : a-t-on la volonté d’y aller ? Juste un point : les DSI, même quand elles ont adopté ce style pour leur SI, n’en ont pas encore tiré toutes les conséquences organisationnelles.
Nous avons toujours défini SOA comme un style d’architecture (plus précisément : un style d’architecture logique, une certaine façon de structurer les systèmes informatiques). Le Guide de l’aspect logique propose les règles pour SOA. Maintenant, il nous faut nous intéresser à d’autres styles : EDA, conception par agents… C’est un service à rendre à la communauté qui risque, une nouvelle fois, de sombrer dans la plus grande confusion. Le mélange des styles – qui débouche sur le baroque – sera très difficile à maîtriser, sur le terrain. Mélanger plusieurs styles d’architecture logique, c’est mettre le concepteur face à plusieurs choix possibles pour une même question. D’où, perte de temps et risque d’hétérogénéité.
d) Fait-on des progrès sur la modélisation des systèmes?
La question est sensible. La formation des compétences dans ce domaine n’a pas recouvré le niveau qu’elle avait il y a deux ou trois décennies. De plus, elle se heurte à différents phénomènes propres à notre civilisation. En revanche, parmi les signes positifs, nous pouvons observer un net regain d’intérêt pour la modélisation. L’approche MDM, d’ailleurs, démontre assez clairement le besoin de “bons” modèles. L’approche des processus est en train de s’essouffler ; elle retrouvera une nouvelle jeunesse en réactivant son inspiration originelle et en se mariant à d’autres approches, comme la modélisation sémantique. Sa capacité d’innovation est à ce prix.
On peut évoquer aussi, l’intégration possible dans la méthodologie de savoirs tels que :
- terminologie et ontologie (travaux en cours avec des professeurs-chercheurs : Christophe Roche, Université de Savoie, équipe Condillac, Porphyre ; Loïc Depecker, Sorbonne, Société française de terminologie) ;
- sociologie (des organisations, des techniques – thèse en cours, associée à Praxeme – et de l’innovation : Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés, École des Ponts et Chaussées, Université Marne-la-Vallée).